Ce 18 novembre 2022 marque le centième anniversaire de la disparition de Marcel Proust, l'auteur d'À la recherche du temps perdu.

Le 18 novembre 1922 Marcel Proust disparaissait, laissant derrière lui une œuvre presque achevée : À la recherche du temps perdu. Série de livres majeure du paysage littéraire français, la Recherche continue d’être, comme la vie de l’écrivain, un objet d’étude important, même cent ans après.

En cette année de centenaire Sorbonne Université Presses a publié deux ouvrages consacrés à la vie de Marcel Proust et à son œuvre.

 

Les années retrouvées de Marcel Proust - Essai de biographie

Jérôme Bastianelli

« Comme l’avenir est ce qui n’existe encore que dans notre pensée, il nous semble encore modifiable par l’intervention in extremis de notre volonté », écrit Marcel Proust dans Albertine disparue. C’est à un tel exercice que se prête Jérôme Bastianelli dans cet essai de biographie, en l’appliquant précisément à l’auteur d’À la recherche du temps perdu.

Proust meurt le 18 novembre 1922, à l’âge de 51 ans, en ayant quasiment achevé son œuvre. Mais que se serait-il passé s’il avait guéri de la maladie pulmonaire qui l’emporta ? Comment aurait-il traversé l’entre-deux-guerres, quels livres aurait-il pu écrire, quels honneurs recevoir, quelle vie mener ? Entre voyages inattendus et amitiés renouvelées, questionnement esthétique et permanence des émotions artistiques, cette recherche des années perdues de Marcel Proust au cœur de la France des années 1920 aux années 1940 nous permet de mieux connaître l’écrivain, son avenir imaginaire éclairant rétrospectivement l’homme qu’il fut vraiment.

 

Illustrer Proust : l’art du repeint

Emily Eells & Élyane Dezon-Jones

« Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens sont beaux », écrit Marcel Proust. Les multiples interprétations visuelles de son œuvre illustrent sa définition du « beau livre », depuis les premières éditions illustrées d’À la recherche du temps perdu jusqu’à la bande dessinée de Stéphane Heuet.

Si Madeleine Lemaire, qui illustra Les Plaisirs et les Jours, publié en 1896, est relativement connue, le travail d’Hermine David reste largement ignoré, sans parler des pointes-sèches de Barbara Zazouline. Ce sont pourtant les frontispices d’Hermine David, réalisés entre 1929 et 1936, qui ont imposé le choix de scènes repeintes successivement par Kees Van Dongen, Philippe Jullian, Emilio Grau-Sala et Jacques Pecnard. Tous ces artistes se sont heurtés au paradoxe de devoir représenter « un peu de temps à l’état pur », qui était l’objectif de Proust.

Reprises et variations se sont succédé dans les éditions illustrées de la Recherche, depuis les in-textes dans celle d’Un amour de Swann de Pierre Laprade dans les années 1930, jusqu’à celle de Pierre Alechinsky qui l’orne dans les marges et de Yan Nascimbene, persuadé qu’« il faut illustrer entre les lignes […] pour offrir peut-être un petit plaisir supplémentaire au lecteur ». Dans le même esprit, en faisant appel, par exemple, à des croquis peu connus de Proust et un dessin inédit de Sempé, cet ouvrage examine comment les artistes ont relevé le défi d’illustrer À la recherche du temps perdu.

 

Ces deux livres viennent ainsi compléter les ouvrages déjà parus chez Sorbonne Université Presses.

 

L’Éclectisme philosophique de Marcel Proust

Luc Fraisse

 

Après de solides études en philosophie dont le souvenir ne s’effacera jamais, le romancier de la Recherche du temps perdu enfouit cette culture dans son œuvre, où la mention de divers philosophes joue un rôle anecdotique – la véritable philosophie se trouvant là où aucun penseur n’est nommé ; sa pensée ne se rattache à aucune doctrine prépondérante, bien que la sienne en évoque un très grand nombre.

En envisageant de front cet éclectisme philosophique, la présente enquête ne repose sur aucun apparentement a priori. Ce faisant, elle restitue l’entreprise de Proust au vaste patrimoine philosophique occidental qui forme son horizon. La pensée d’une multitude de philosophes vient se refléter dans les pages de la Recherche : il s’agissait de répertorier ces reflets, et plus encore de s’interroger sur la raison de leur extrême diversité, donc d’essayer de théoriser cet éclectisme.

Mais selon quels critères valider ces multiples échos ? Un autre parti adopté a été de reconstituer la culture philosophique de Proust dans sa réalité – en partant de ses papiers scolaires, de ses programmes du baccalauréat et de la licence de philosophie. Pour la première fois, les manuels scolaires et les cours suivis ont été pris en compte (notamment une version manuscrite du cours d’Alphonse Darlu), et les ouvrages de ses divers professeurs ont été confrontés à son œuvre. On ne peut nullement dire que la philosophie de Proust doive tout à ce qu’on lui a appris. La consultation de ce qu’il a effectivement lu et entendu replace simplement l’examen de sa doctrine dans l’exacte perspective de son émergence. Le romancier transcende les apories philosophiques qu’il rencontre sur son chemin, par quoi il refonde la philosophie de son temps. Et dans les cas, délimités, où il accueille telle quelle la pensée qui lui a été enseignée, le créateur ramasse alors ses forces et s’appuie sur ce fonds pour développer une éclatante et imprévisible invention romanesque.

 

Genesis 36. Proust, 1913

 

Les articles de ce numéro de Genesis paru pour le centenaire de la Recherche abordent des sujets aussi variés que la renaissance proustienne, la question de la réédition de l'œuvre de l'auteur au XXIe siècle, l'importance du personnage de Madame Sazerat ou encore la réécriture du concert Saint-Euverte.

Ces livres sont autant de façons de découvrir, ou redécouvrir, Marcel Proust et À la recherche du temps perdu.

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